Communiqué N°3 - Annexe explicative

Cette annexe à pour objectif de faciliter la compréhension correcte des références canoniques concernant la primauté contenues dans la lettre du 13 juillet 2004.

La déclaration du 13 juillet 2004 comporte le paragraphe suivant :

«Cette ecclésiologie implique la catholicité/conciliarité, dont l’exercice est indissociable de la primauté, actuellement exercée par le Patriarcat de Constantinople, la “Nouvelle Rome”. La primauté ou “présidence dans l’amour et à l’amour” doit être assumée dans l’esprit du 34ième canon apostolique : “Les évêques de chaque territoire [mot à mot : chaque nation, habitant un territoire donné] doivent reconnaître celui qui, parmi eux, est le premier [leur primat], et le considérer comme leur tête, et ne rien faire d’exceptionnel sans son avis. Chacun d’eux ne doit s’occuper que de ce qui concerne son diocèse et les territoires qui en dépendent. Mais que le premier non plus ne fasse rien sans l’avis de tous les autres. Ainsi la concorde règnera-! t-elle, et Dieu sera-t-il glorifié… Père, Fils, et Saint-Esprit.”»

Quelqu’un qui lirait rapidement ce texte pourrait comprendre que les évêques de chaque nation orthodoxe (ethnie), habitant le territoire France, doivent reconnaître la primauté du «représentant» du patriarcat de Constantinople, puisque ce Patriarcat est détenteur de la primauté dans l’Eglise orthodoxe.

Bien entendu ce serait une fausse interprétation, certainement contraire à l’intention des auteurs. Il convient tout d’abord de distinguer les niveaux de primauté qui sont présentés dans ce texte.

 

Le premier niveau de primauté se situe à l’intérieur de chaque Eglise autocéphale. Les évêques de chacune de ces Eglises reconnaissent parmi eux un primat, généralement l’évêque de la capitale.

A cet égard, le patriarche de Constantinople est le primat de tous les évêques dont le diocèse se trouve sur le territoire canonique de l’Eglise de Constantinople. De même, le patriarche de Moscou est le primat de tous les évêques dont le diocèse se trouve sur le territoire canonique de l’Eglise de Russie, etc.

Si l’on prend maintenant le cas de la France, elle se trouve sur le territoire canonique du patriarcat de Rome, qui a cessé d’être orthodoxe. Elle n’appartient donc au territoire canonique d’aucune Eglise orthodoxe autocéphale. De ce fait, lorsque des orthodoxes de diverses origines se sont fixés en France, les diverses Eglises autocéphales, dont ces orthodoxes étaient issus, ont été amenées, par souci pastoral, à créer, chacune, un diocèse englobant la France. Il existe ainsi un diocèse rattaché à l’Eglise de Constantinople, dirigé par un évêque qui reconnaît comme primat le patriarche de Constantinople ; il y a aussi un diocèse rattaché à l’Eglise d’Antioche dont l’évêque reconnaît comme primat le patriarche d‘Antioche, de même il y a un diocèse rattaché à! l’Eglise de Russie, dont l’évêque reconnaît comme primat le patriarche de Moscou, et ainsi de suite pour les diocèses serbe (patriarche de Belgrade), roumain (patriarche de Bucarest) et un diocèse de paroisses russes (l’Archevêché) rattaché à l’Eglise de Constantinople.

Si l’on comprend le processus historique qui a abouti à cette situation où il y a plusieurs évêques sur le même territoire (la France) on doit admettre que cette situation est fondamentalement contraire aux canons de l’Eglise («qu’il n’y ait pas deux évêques dans la même ville» canon _8 de I.-Nic.I). Saint Ignace d’Antioche explique même : «Là où paraît l’évêque, que là soit la communauté, de même que là où est le Christ Jésus, là est l’Eglise catholique» Il ne peut y avoir deux évêques puisque le Christ est unique. En ne respectant pas ces canons nous péchons donc contre notre foi elle-même et contre la Sainte Trinité qui est le modèle selon lequel vit l’Eglise.

Le deuxième niveau de primauté se situe à l’échelon des primats des Eglises Autocéphales qui sont tous égaux entre eux, mais parmi lesquels le patriarche de Constantinople occupe la première place, depuis les temps où Constantinople était la capitale du «monde» romain (cf. canon 28 de IV- Chalcédoine, qui accorde à la «nouvelle Rome la même préséance qu’a l’ancienne»). Jusqu’à présent, cette primauté n’est contestée par personne, malgré les changements historiques. Mais cette primauté ne crée pas, pour le patriarche de Constantinople, de relation particulière avec les évêques des autres Eglises autocéphales, par-dessus le primat de chacune de ces Eglises. Autrement dit, cette primauté ne confère pas au primat de l'Église de Consta! ntinople la possibilité d'intervenir dans les affaires intérieures des autres Eglises Autocéphales, dont les évêques continuent a ne reconnaître qu'un seul primat, celui de leur Église.

Il résulte de ce qui précède que l’assemblée des évêques de France (AEOF), qui réunit des évêques appartenant à des Eglises différentes, ne peut être une instance canonique, non pas parce qu’il n’y a pas de consensus pour qu’elle le soit, mais parce qu’elle ne peut pas trouver sa place dans l’organisation canonique de l’Eglise orthodoxe. Et ceci est compréhensible si l’on songe qu’elle émane d’une situation fondamentalement contraire à l’ordre canonique.

Cela ne veut pas dire que l’AEOF soit un organisme inutile. Au contraire, elle marque la bonne volonté réciproque et peut être précieuse dans la recherche d’une solution véritable de notre problème. Mais il n’est pas possible de lui donner un rôle canonique quelconque. Le vrai problème qui doit être résolu est celui de la multiplicité des évêques sur le même territoire. Il convient donc de créer des diocèses territoriaux, ne se recouvrant pas. Ceci ne peut se faire que par l’émergence d’une Eglise locale, que l’OLTR appelle de ses vœux.

Quant au 34ième canon apostolique, qui est également évoqué dans la déclaration, il se rapporte au premier niveau de primauté cité plus haut. Il donne une description de l’exercice de la primauté à l’intérieur d’une Eglise autocéphale. Mais il faut surtout éviter de le mal interpréter. Par exemple, le théologien et canoniste grec Nikolaos A. Daldas explique que ce canon est invoqué par les adeptes du phylétisme, qui prennent le terme «nation» dans le sens «ethnie» et il ajoute que le Concile de 1872 (qui a condamné le phylétisme) précise très justement que :

«le même canon 34 des Apôtres éclaircit le sens du mot nation en ces termes : “chacun (évêque) doit faire ce qui est du ressort de sa paroisse (παροικία) et des pays (ται̃ς ‘υπ’ αυτόν χώραις) qui lui sont soumis”, termes qui nous montrent qu’il s’agit d’Eglises “locales” et non d’églises “nationales”»

Autrement dit, il faut surtout éviter de croire que ce canon parle des diverses ethnies qui vivent sur un même territoire.

Les propositions de l’OLTR visent à relâcher quelque peu le lien canonique (sans le couper dans un premier temps) qui lie les différents évêques orthodoxes en Europe occidentale aux Eglises mères auxquelles ils appartiennent. Le moyen en serait l’octroi d’un statut d’autonomie (d’auto-administration) à tous ces diocèses européens. Non pas pour qu’ils aient plus de liberté dans l’absolu, mais pour qu’ils puissent resserrer les liens qui les unissent entre eux. Alors il sera possible pour eux de discuter d’un découpage en diocèses territoriaux. Et une fois ce travail achevé, il faudra présenter à la conscience de l’Eglise orthodoxe cette nouvelle «province» dont les évêques pourront alors élire leur véritable primat local.

C'est cette voie qui est explicitement proposée dans la lettre du primat de l'Église russe. Il propose de conférer un statut de métropole autonome (auto administrée) aux juridictions issues de l'Église russe, de façon à ce qu'elle devienne la composante de tradition russe de la future Église locale.

L’avantage de cette proposition est d’envisager un chemin, clair, sans erreurs canoniques et laissant vraiment la responsabilité de l’avancement aux Européens.

Séraphin Rehbinder
Président

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