Déclaration de l'OLTR

Déclaration de l’OLTR sur les difficultés actuelles de l’Archevêché

Les nuages qui s’amoncelaient au-dessus de l’Archevêché ont fini par éclater en orage, à l’occasion du départ de Monseigneur Gabriel. Il est très important que chacun comprenne ce que nous vivons pour se faire une opinion, en connaissance de cause.

Ce que l’on appelle, actuellement, l’Archevêché est un diocèse de l’Eglise russe, créé par le patriarche Tikhon, au début des années 1920, pour répondre aux besoins des nombreux Russes contraints d’émigrer après la révolution. Ce diocèse fut amené à rompre, provisoirement, avec le Patriarcat de Moscou, à l’époque captif du pouvoir soviétique persécuteur de la foi. Pour ne pas rester isolé, il demanda, et obtint, la protection canonique du Patriarcat de Constantinople. Cette situation, avec quelques avatars, dura en l’état, jusqu’à la fin des années 1990.

 A cette époque, le pouvoir antireligieux en Russie s’effondra et l’Eglise recouvra la liberté dont elle était privée depuis de nombreuses années. Après une période d’observation et avec la bénédiction du Patriarcat de Constantinople, Monseigneur Serge (Konovaloff) entama un rapprochement avec le Patriarcat de Moscou qui fut brusquement stoppé après son décès. Son successeur, sous l’influence du conseil actuel de l’Archevêché, exprima un fort désamour envers l’Eglise russe et refusa de considérer la proposition de création d’une métropole autonome, canoniquement rattachée au Patriarcat de Moscou, que présenta, en son temps, Sa Sainteté Alexis II, prédécesseur du patriarche actuel. Depuis, de fortes tensions ont vu le jour dans l’Archevêché. Les partisans d’une étude plus approfondie de cette proposition furent soigneusement écartés du conseil de l’Archevêché et des conseils de paroisse.

Les deux voies possibles

 Pourtant, ce sont eux qui restent fidèles à l’héritage que leurs pères leur ont laissé. Ils ont, en effet, voulu faire fructifier ce qu’ils ont reçu et le transmettre à la Russie et à leurs pays d’exil. La préservation de l’héritage spirituel, théologique et même culturel de l’émigration russe devrait être considérée comme une tâche essentielle. Sa greffe sur l’arbre de plus en plus vigoureux de l’Eglise russe est un devoir moral à l’égard de la vérité, autant qu’une dette envers les générations précédentes qui nous ont légué cette mission qu’elles n’ont pas eu le temps de réaliser, à cause des circonstances historiques et politiques.

 D’autres ont préféré oublier le passé. Dans l’esprit des membres du conseil actuel de l’Archevêché, l’état provisoire historique de cette entité ecclésiale a changé de nature. Selon eux l’Archevêché doit durer, non pas jusqu’à la libération de l’Eglise de Russie, pour trouver sa voie en son sein, mais jusqu’à l’instauration, dans nos pays, d’une Eglise territoriale locale.

 Ils mettent leur confiance dans les statuts d’autonomie, négociés avec le Patriarcat de Constantinople, pour continuer à jouir de cette liberté qui leur permet, pensent-ils, d’élire leurs évêques. Mais cette liberté semble, aujourd’hui, bien fragile.

La position du Patriarcat de Constantinople

En refusant les candidats présentés pour l’élection du nouvel archevêque, le Patriarcat de Constantinople a, de facto, rendu cette élection impossible. En proposant à l’Archevêché d’élire pour lui un évêque vicaire « de tradition russe » et auxiliaire du « métropolite de France » du Patriarcat de Constantinople, il supprime son autonomie et l’intègre, purement et simplement, dans la Métropole grecque de France. Un évêque vicaire ne dirige pas mais aide, simplement, son Métropolite dans une partie de ses fonctions.

 On ne peut en vouloir au Patriarcat de Constantinople de souhaiter ce changement qui correspondrait, exactement, à la manière dont il se représente la juste organisation de l’Eglise orthodoxe en France et dans tous les pays de la diaspora : un seul diocèse par pays avec, à sa tête, un évêque du Patriarcat de Constantinople entouré d’évêques vicaires, chacun chargé des fidèles de même origine (russe, roumaine, bulgare, etc.).

 On ne peut pas, non plus, le blâmer de vouloir une certaine normalisation. Ces dernières années, l’Archevêché n’a pas prouvé qu’il pouvait vivre dans la paix et la concorde, de façon autonome. Sa Sainteté le Patriarche a eu des échos de la lutte contre les partisans de la fidélité au passé, notamment par les plaintes que certaines victimes lui ont adressées. De plus, l’Archevêché n’a pas été en mesure de préparer des candidats à prendre sa tête.

Pourtant, en raison des réactions diverses suscitées par sa proposition, le Patriarcat de Constantinople, avec la sagesse qui lui est habituelle, n’a pas voulu imposer sa vision des choses : il accepte d’ouvrir une période de consultation pour la recherche de nouveaux candidats à l’élection et la tenue, plus tard, de l’assemblée qui doit procéder au vote, lequel d’ailleurs, n’est qu’une proposition que le Saint Synode doit prendre en considération mais n’est pas obligé de suivre.

Que pouvons-nous faire maintenant ?

Il faudrait que cette période de consultation réunisse, cette fois, toutes les tendances existant au sein de l’Archevêché et que l’objet de cette concertation soit élargi à la recherche d’une formule satisfaisante pour tout le monde. Il est toujours possible d’obtenir, au sein du Patriarcat de Moscou, directement ou par l’intermédiaire de l’Eglise russe hors-frontières, un statut permettant de sauvegarder les spécificités de l’Archevêché. Rappelons que le patriarche de Moscou, en son temps, avait proposé que l’Archevêque élu soit simplement confirmé par le Saint Synode du Patriarcat.

 Si cette période de réflexion s’avère fructueuse, on appliquera la solution consensuelle qui aura été trouvée. Dans le cas contraire, on laissera, à chacun, la liberté de choisir son avenir et cela concernera aussi bien les laïcs que les clercs et les paroisses, lesquelles devront déterminer, elles-mêmes, leur avenir.

N’oublions pas, non plus, que l’Archevêché dispose des églises russes construites avant la révolution, dont l’Eglise russe a été spoliée du fait des actions du pouvoir soviétique qui a réussi à casser sa cohésion. Comment trouver juste que ces églises restent dans la juridiction du Patriarcat de Constantinople, alors que l’Eglise russe s’est relevée après les dures persécutions qu’elle a subies? Cette question pourrait être soumise, non pas à la justice civile des pays concernés, mais au jugement de l’assemblée des évêques orthodoxes de France.

Ce n’est que si l’on acceptait un tel processus que l’on pourrait avancer de façon vraiment honnête et juste.

  24 mars 2013

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